Guinée: Magistrats et officiers de la brigade nationale de lutte contre les crimes sur la faune formés sur la criminalité organisée liée aux espèces sauvages et le nouveau code de faune.

Du 9 au 10 pour l’atelier de Labé et du 12 au 13 décembre 2019 pour celui  de Mamou, au moins une cinquantaine de magistrats ciblés venus des différentes juridictions du pays, une quinzaine d’officiers responsables de la nouvelle brigade nationale du Ministère de l’Environnement dédié à la lutte contre la criminalité liée aux espèces de faune et de flore, ainsi que des chefs de section et directeurs préfectoraux de l’Environnement, ont été outillés sur le phénomène du trafic transnational de faune et flore sauvage.  Un total de 90 fonctionnaires a ainsi été outillé à travers ces ateliers qui devraient se poursuivre en 2020.

C’est l’ONG française WARA, par son projet GALF (Guinée Application de la Loi Faunique) qui a initié cette série de formation, avec l’appui de ses partenaires financiers et en collaboration avec le Ministère de la Justice et le Ministère de l’Environnement, afin de mieux outiller les magistrats dans l’application de la loi pour lutter contre le trafic transnational des espèces de faune et de flore sauvage.

Pour rappel, le commerce illégal des espèces sauvages est un crime organisé transnational et occupe le 4ème rang du commerce illicite dans le monde après celui de la drogue, du blanchiment et des êtres humains. Il amasse des bénéfices illicites au profit des réseaux criminels impliqués d’environ 23 milliards de dollars chaque année dans le monde. Il implique parfois des groupes armés terroristes, ce qui est une menace pour la sécurité, la stabilité, l’économie et du développement durable qui est une préoccupation mondiale de nos jours.

Ainsi, compte tenu du rôle au premier plan que jouent les magistrats en termes d’application des lois du pays en général et celle sur la faune et flore en particulier, la nécessité d’outiller ces hommes de loi était fondamentale. C’est dans cette dynamique que le projet GALF, en partenariat avec ses partenaires publics et privés, s’est donné comme objectif d’accroitre la capacité nationale de ces magistrats sur le phénomène de la criminalité transnationale liée aux espèces sauvages.

Pour l’atelier de Labé qui s’est tenue entre le 9 et 10 décembre 2019, 25 magistrats venus des préfectures du Fouta, 5 agents de la brigade nationale de lutte contre la criminalité sur la faune et flore et 10 chefs section et directeurs préfectoraux du MEEF (Ministère de l’Environnement des Eaux et Forêts), ont pris part.

C’est le Gouverneur de la région de Labé, Madifine Diané, entouré des autorités administratives et préfectorales, qui a lancé l’ouverture des activités de l’atelier qui, selon lui, est d’une importance capitale sur le rôle que les magistrats doivent jouer en termes d’application des lois de la République en général et celle sur la criminalité environnementale en particulier.

« Vous avez une responsabilité messieurs les magistrats. L’essentiel a été dit par mes prédécesseurs. Vous êtes une des couches la  plus valeureuse de ce pays, la  plus respectée. Cette justice passe obligatoirement par ceux qui ont de la responsabilité de faire la justice, c’est vous. Ce pays, vous avez la responsabilité de le protéger, le monde aujourd’hui est un », a lancé en substance le Gouverneur.

Quant à l’atelier de Mamou qui s’est tenue entre le 12 et 13 décembre 2019, c’est 28 autres magistrats venus de toutes les préfectures du pays et 6 officiers de la brigade nationale de la lutte contre la criminalité liée aux espèces qui ont pris part.

Dans son discours d’ouverture, le Gouverneur de Mamou Général Amadou Oury Diallo, dira qu’une telle formation à l’endroit des garants des lois de notre République est à point nommée quand on sait que dans le passé la faible application de la loi à l’encontre de ces réseaux criminels a eu pour conséquence en 2013 la suspension de la Guinée de la CITES des Nationaux Unies (convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvage menacée d’extinction)

« D’abord je voudrais vous dire que c’est un plus en termes de renforcement de capacités des magistrats. Surtout une formation spécifique sur cette criminalité organisée et autour de tous ces enjeux. Car, comme on le constate, c’est à cause du comportement de certains fonctionnaires corrompus que notre pays a été sanctionné par la CITES. Ainsi, cette formation spécifique permettra de bien outiller les magistrats qui sont ceux qui appliquent la loi », a –t-il fait savoir.

Chacun des deux ateliers étaient ponctués de présentation, d’échange et travaux de groupe entre les participants et les formateurs/encadreurs qui étaient Baba CAMARA Directeur Général Adjoint du Bureau de Stratégie et Développement au Ministère de la Justice, la Directrice de WARA Charlotte HOUPLINE, deux juristes et l’officier média du projet GALF, les points focaux en charge de la lutte contre cette criminalité au Ministère de la Justice l’Avocat Général près la Cour d’appel Mamadou Dian Bora  DIALLO et le point focal CITES Commandant Mamadou Bella DIALLO, commandant adjoint de la brigade nationale de lutte contre la criminalité sur la faune et flore au Ministère de l’Environnement.

Ces deux ateliers de formation avaient pour thèmes communs : la lutte contre la criminalité organisée liée aux espèces sauvage, son lien avec les autres crimes organisés et la corruption, liens avec le financement du terrorisme (via l’ivoire d’éléphant);  la stratégie régionale de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages en Afrique de l’ouest ;  la collaboration internationale et inter-institutionnelle dans la répression de la criminalité organisée liée aux espèces sauvages ;  la convention CITES son rôle et fonctionnement ; le rôle du magistrat dans la lutte contre la criminalité organisée liée aux espèces sauvages et le nouveau code de faune ; les meilleures pratiques internationales pour renforcer l’intervention de la justice pénale face à la criminalité liées aux espèces sauvages en recouvrant à la législation nationale ;  les success stories, acquis et résultats en Guinée dans cette lutte;  l’identification des chaines d’approvisionnement et fonctionnement des réseaux criminels et enfin les méthodes de dissimilation des contrebandes par les réseaux criminels.

En Guinée et grâce à la volonté du Gouvernement Guinéen et à la fructueuse collaboration entre l’ONG WARA par l’entremise de son projet GALF et les Ministère de la Justice, de la Sécurité, de l’Environnement, et la Direction Générale des Douanes, pour faire appliquer la loi, environ 200 trafiquants majeurs nationaux et internationaux ont été arrêtés, 2000 objets de contrebande confisqués, 1000 animaux vivants saisis et relâchés dans la nature. Au titre des formations, environ 500 fonctionnaires (magistrats, policiers, douaniers, agents de l’environnement) ont été formés pour accroitre la capacité nationale à traiter les cas de trafic d’espèces sauvages.

Pour Charlotte HOUPLINE, Directrice exécutive de WARA et coordonnatrice du projet GALF, il ne s’agit pas d’un simple braconnage localisé mais d’un trafic transnational bien organisé et ayant des ramifications partout dans le monde. Ainsi, poursuit-elle, « En Guinée nous sommes derrière les réseaux impliqués depuis 10 ans, ils risquent maintenant des peines allant jusqu’à 5 ans de prison sous le nouveau code, seule une répression forte et une application de la loi rigoureuse peut dissuader ce crime organisé ».

Pour terminer, M. Baba Camara, Directeur Général Adjoint du Bureau de Stratégie et Développement au Ministère de la Justice, représentant du Ministre Garde des Sceaux,  conclura que l’objectif visé par ces deux ateliers, c’est notamment de voir la Guinée réintégrée la CITES à la suite de sa suspension en 2013. Et que, dira-t-il, ‘’ cela ne peut se passer sans l’application de la loi, les magistrats sont à ce niveau au premier plan sur les besoins de renforcement des capacités sur le trafic transnational des espèces de faune et de flore sauvage’’.

 

Fatou Kourouma

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