Faux : les Haïtiens ne se caractérisent pas par une paresse congénitale (Par Goïkoya Kolié )

Faux : les Haïtiens ne se caractérisent pas par une paresse congénitale (Par Goïkoya Kolié )

Les nombreuses calamités naturelles, politiques, économiques et sociales qui s’acharnent contre Haïti font dire à plus d’un que la petite île des caraïbes serait maudite à la fois par la nature et par la turpitude des acteurs politiques locaux. À contrario, des intellectuels avertis battent en brèche cette perception qui ne s’appuie pas toujours sur une narration factuelle vérifiable.

Pour le professeur Paul Cliche de l’Université de Montréal, le Canada a profité du tremblement de terre de 2010 (qui fit plus de 230 000 morts et plus de 220 000 blessées), pour imposer à Haïti, un programme de développement subordonné à son propre développement.

L’universitaire québécois explique qu’Ottawa manquait de transparence dans son financement de la reconstruction de Haïti, puisqu’il imposait au pays pauvrissime des caraïbes un développement économique accessoirement à ses propres intérêts commerciaux.

Dans une étude publiée en janvier 2014, sur l’aide internationale apportée à Haïti, dans la foulée du tremblement de terre dévastateur, le professeur ne va pas dos de la cuillère. L’intellectuel québécois écrit:

« Un flou nébuleux couvre la répartition de l’aide canadienne, dans la mesure où, les institutions publiques et les organisations de la société civile haïtienne ont été exclues des mécanismes de reconstruction, puisque, très peu de fonds ont été gérés par des Haïtiens ».

Ce qui amène Paul Cliche à constater que le processus d’aide humanitaire et de reconstruction relevait largement d’un contrôle étranger.

Cette observation suffirait à revoir le récit médiatique ambiant qui suggère un pays gangréné par la corruption, alors qu’à l’exception du scandale de corruption abondamment médiatisé, qui portait sur l’aide reçue du Venezuela, les milliards débloqués par la communauté internationale ont été gérés par elle-même, et leur mauvaise gestion était la turpitude de tous, sauf les Haïtiens.

L’aide bilatérale et/ou multilatérale canadienne et celle de tous les pays dits « amis » de Haïti s’aligne sur des pratiques d’aide internationale publique définies par l’économie de marché des institutions de Bretton Woods. Cette aide reste attachée aux besoins en matières premières et de débouchés des pays donateurs.

Pour sa part, le professeur Juan Lopez du Centre d’étude sur l’intégration et la mobilisation de l’Université du Québec à Montréal, souligne que cette orientation de l’aide donne l’impression d’émerger d’une vision qui fait de l’assistanat, la philanthropie et la générosité internationale, une savante et habile stratégie de cantonnement des pays assistés dans leur rôle de perpétuels incapables nécessiteux, condamnés au bon vouloir des nations vertueuses et bienveillantes de l’hémisphère développé. Juan Lopez précise son analyse comme suit :

« L’aide canadienne à Haïti s’aligne sur des pratiques d’aide internationale fortement marquées par l’ère de mondialisation et de croissance économique. C’est dans ce souci d’assurer la continuité de l’économie mondiale que les programmes d’aide internationaux sont conçus actuellement par les hautes instances multinationales.

Les politiques de gouvernance largement ancrées dans l’aide publique au développement revêtent une importance considérable en ce sens qu’elles garantissent la poursuite des programmes de libéralisation et de privatisation. Elles promeuvent également des réformes des institutions étatiques dans les pays en développement.

En tant que membres actifs des institutions financières internationales, le Canada adhère aux programmes de réformes politico-institutionnelles imposées aux pays récipiendaires d’aide publique au développement. Son alignement sur les stratégies de réduction de la pauvreté et sur les principes de la Déclaration de Paris en est le reflet.

Le renforcement des institutions étatiques et la promotion de la croissance économique sont devenus des objectifs de politique étrangère déterminants dans son engagement envers Haïti. Depuis les années 1990, le Canada apporte un soutien considérable à une série de réformes en Haïti allant dans le sens de la construction d’un État efficace.

Ainsi, contribue-t-il de façon spécifique aux réformes politico-institutionnelles du système judiciaire, de la police et de la gestion publique. Ce sont autant d’efforts qui convergent vers un confinement du rôle de l’État à des aspects très précis comme l’établissement d’un environnement au capital privé ».

Cette phraséologie exaltante contribue à expliquer pourquoi, au lendemain du terrible tremblement de terre de 2010, la communauté internationale débarque à Port-au-Prince pour porter le coup de grâce à un adversaire déjà sur le tapis. Haïti est humiliée et piétinée pour avoir osé être libre, indépendante et prospère. Haïti reste donc cet enfer qui ne doit pas inspirer la Martinique ou la Guadeloupe; une sorte de Guinée du 28 septembre 1958, qui ne devrait pas inspirer le reste de l’Afrique.

Ce sont les conséquences de cette politique d’esclavagisation qui ont abouti à l’assassinat du président Moïse et à la montée en puissance des groupes armés dans le pays, qui font dans les enlèvements et la violence; une violence qui délecte et justifie une occupation économique permanente de Haïti.

Dans la foulée de l’horreur apocalyptique du tremblement de terre de 2010, la communauté internationale ordonne à cette Haïti meurtrie et à genoux, un plan de développement de ses propres entreprises.

Le plan prévoit une médecine qu’aucun des pays promoteur n’accepterait d’envisager chez soi. Il est donc enjoint à Haïti de s’ouvrir aux zones franches, à l’exploitation minière et au tourisme. Aucun des éléments de ce plan de développement ne visait à sortir Haïti de l’indigence. Examinons un seul de ces éléments : les zones franches.

Il s’agit d’une zone géographique d’un pays, présentant des avantages fiscaux aux investisseurs étrangers, leur permettant ainsi de développer leurs activités économiques.

Les entreprises de pays prétendant secourir Haïti, qui s’installent (dans ce pays ravagé par plusieurs siècles de politiques économiques hostiles et nuisibles de la même communauté internationale), bénéficient d’un environnement fiscal et réglementaire favorable par rapport à celui en vigueur dans le reste du pays.

En clair, la communauté internationale requiert de Haïti, une zone d’activité économique où, les marchandises fabriquées, introduites et celles qui en sortent sont considérées comme ne se trouvant pas sur le territoire haïtien. Elles sont donc exonérées de droits à l’importation et à l’exportation, de taxes et de toutes mesures de la politique commerciale de Haïti.

Haïti dont la politique économique s’inscrit dans la vision et dans les pratiques de l’aide que résume Juan Lopez, a dû concéder de vastes zones, où seront implantées des entreprises de pays développés, exonérées de droit de douane et d’impôt. Les Haïtiens travaillant dans ces entreprises, au salaire de misère d’esclaves dociles ne pourront d’ailleurs s’offrir les Jeans qu’ils fabriquent.

Est-ce utilise d’expliquer davantage que l’exploitation minière et le développement du tourisme, (avec la construction dans les zones côtières de luxueux hôtels), qui faisaient partie du plan de reconstruction de la poudre de perlimpinpin, ne comportaient pas les merveilleuses vertus du développement qui allaient panser les maux de Haïti?

Autant dire que les bonimenteurs et autres charlatans post-tremblement étaient au service d’une économie libérale mondialisée dont ils sont les seuls bénéficiaires. La croissance économique promise est réelle, mais pas pour le pays qui subit les assauts des politiques édictées de privatisation et d’endettement à outrance.

Faut-il rappeler qu’au nom de sa sécurité alimentaire, la France s’est opposée à une offre amicale de 25 milliards de dollars pour l’acquisition de Carrefour par la canadienne Couche-tard?

Si le gouvernement français est capable d’opposer un veto clair et définitif à la l’achat par une entreprise étrangère d’un maillon important de son économique alimentaire, c’est par ce que les dirigeants français ne sont pas choisis par la communauté internationale, alors que Haïti se fait imposer ses dirigeants, choisis souvent parmi la racaille de gueux la plus incompétente. L’intérêt pour les partenaires de Haïti d’investir dans ce pays relève plus de retombées économiques pour leurs investisseurs que de l’intervention humanitaire désintéressée et de bonne foi.

L’AIDE DÉMASQUÉE

De nombreux observateurs de l’économie de marché et des agissements des promoteurs de l’aide publique dite au développement ne cachent plus leur déception face à un système qui fragilise d’avantage les pays pauvres, sans cesse exposés à des troubles socio-politiques et économiques à répétition.

L’économiste français Thomas Porcher assure que « le maintien du tiers-monde dans une condition intermédiaire est la nécessité pour que les économies occidentales fonctionnent bien. Pour cette raison, on va injecter dans cette économie quelques liquidités pour la rendre compétitive, sans la volonté réelle de sortir de la pauvreté.

Parce que les entreprises qui importent et exportent vers le tiers-monde n’ont pas intérêt à ce que cette entité se développe. Pour cette raison, on évite que le pays tombe dans le chaos, mais on s’assure qu’il ne se développe pas non plus ». Ce cynisme pervers résume le plan de reconstruction intimé à Haïti.

Lorsqu’on prône le libre-échange, avec l’Organisation mondiale du commerce (OMS), on prend soin de ne pas vous apprendre à transformer vos matières premières en produits finis.

Les pays sont cantonnés dans une trappe à sous-développement. Les politiques d’ajustement structurels du Fonds monétaire international (FMI) ont de ce fait des conséquences négatives sur la lutte contre la pauvreté.

Les droits de tirage spéciaux du FMI sont ainsi mis à la disposition des pays pauvres pour leur balance de paiement, soit pour stabiliser leur monnaie ou pour acheter des produits d’importation. Le problème nous dit Porcher, c’est que le FMI ne donne jamais gratuitement. Le FMI a des objectifs politiques qui visent la promotion du libéralisme économique.
Les prêts du FMI sont donc conditionnels à des réformes économiques notamment la privatisation.

Ces politiques du FMI échouent partout, et, on nous explique que c’est en raison du climat politique, des guerres civiles et la corruption. Pire, l’argent que débloque les FMI ne fait que transiter par les pays du tiers-monde, puisqu’il sert à acheter des produits d’importation et donc retourne dans les entreprises des pays bailleurs de fonds.
Avec les adaptations nécessaires, l’analyse de Porcher sur le cas africain s’applique parfaitement à Haïti.

L’essayiste français explique que les pays africains ont subi massivement les politiques dévastatrices du FMI. Thomas Porcher souligne qu’il y a eu privatisations, recul du service public, les capitaux ont été libérés de tout mouvement, le marché du travail a été flexibilisé, tout a été libéralisé et les pauvres sont devenus plus pauvres.

L’Afrique, c’est le seul continent qui a vu sa pauvreté doublée ces 50 dernières années, alors que c’est le continent qui a le plus appliqué les politiques d’ajustement structurels du FMI au cours de la même période. L’auteur de « L’indécence précède l’essence » persiste : « La première étape du développement, c’est de s’affranchir des politiques du FMI ». Nous ajoutons qu’il serait plutôt prudent de s’affranchir de toute la vision washingtonienne du développement.

Nous disons également à la suite du professeur Paul Cliche que ce sont plutôt tous les pays qui prétendument couraient au secours de Haïti qui ont fleuré l’opportunité de s’enrichir de la paupérisation du pays le plus pauvre des Amériques, à l’exception notoire de l’aide vénézuélienne qui s’est voulue réelle et sincère, sans égard à un retour de l’ascenseur.

SEMPITERNELLES SACRO-SANTE DÉMOCRATIE

À tous les maux de Haïti, la communauté internationale envisage continuellement la même solution : des élections. Pourtant, il est établi que les mêmes causes, avec les mêmes acteurs, entrainent les mêmes conséquences.

Des prédateurs coloniaux viscéralement nécrophones, cupides et sans scrupules, avec la complicité de leurs pantins et esclaves de maison, devenus plaideurs quérulents d’une suprématie culturelle, vous parlent inlassablement de démocratie, et donc d’élections.

Alors que depuis des décennies, la démocratie électorale conçue pour cultiver la même gangrène ne résout rien. L’heure est venue pour le peuple noir esclavagisés d’Haïti et d’Afrique de boycotter ce remède esclavagiste, lorsqu’il est planifié, financé et approuvé par des intérêts étrangers.

Que ce soit en Haïti, au Mali ou ailleurs en Afrique, les populations n’ont plus l’intention d’être des spectatrices passives, ni de céder à la pression des puissances esclavagistes, qui dissimulent maladroitement leur appétit vorace derrière des élections, qui dans les faits ne font qu’endetter nos pays, tout en aggravant les conflits nés de la contestation de ces élections, et qui justifient souvent une occupation à la fois militaire et économique.

Une grande majorité des populations des pays pauvres estime qu’il n’est plus question de refouler ce sentiment grandissant d’insatisfaction face à une système démocratique conçu pour maintenir leurs pays dans l’indigence, pendant que leurs richesses sont spoliées, à travers des politiques économiques discriminatoires et manifestement suprémacistes.

Une étude de l’université Harvard publiée en 2019 révélait que 98 % des chinois sont satisfaits de leur régime communiste. Loin de nous l’idée de glorifier le communisme, nous soutenons cependant que la Chine a réussi à démontrer que la démocratie électorale, telle que planifiée par la très restreinte communauté internationale n’est pas la seule et unique condition sine qua non du développement.

La démocratie électorale ne remplit pas ses promesses envers les peuples d’Haïti et d’Afrique.

Elle a lamentablement échoué a livré la promesse de sécurité, de protection des droits et liberté qui s’accompagnent de développement et de prospérité. En attendant l’invention d’un système politique concurrent, les peuples noirs ne devraient plus hésiter à regarder du côté de la chine : un État fort et écrasant, qui garantit tout de même le développement et la prospérité.

Nous soumettons que les priorités de Haïti, du Mali et des pays africains en général, ne sont pas dans l’organisation d’élections aux cinq ans. Ces pays n’ont pas les moyens de financer des élections et des campagnes électorales budgétivores. Ceux qui le leur imposent, le font par mépris pour leur bien-être, par cupidités et par suprématie culturelle.

Cupidité, parce que les élections sont un lucratif fonds de commerce qui permet aux promoteurs de la démocratie d’endetter les pays concernés, à des taux ahurissants, ce qui garantit un contrôle permanent sur eux.

Suprématie culturelle, parce que, dans cet universalisme à sens unique, seules les valeurs des peuples originaires de l’Europe de l’Ouest sont universelles.

Le soudain et surtout fulgurant inattendu développement de la Chine, qui réalise en 40 ans, de (1977 à 2017), ce que l’Occident a mis 200 ans à réaliser (avec extorsion des richesses des pays dits pauvres à travers esclavage et colonisation), est le démenti par excellence de l’assertion selon laquelle, le développement passe inéluctablement par la démocratie conçue, financée et approuvée par Washington et ses traditionnels alliés.

Il ne faut plus avoir le complexe de dénoncer la démocratie électorale, car elle constitue une arme de destruction massive, le nouvel bras armé du néocolonialisme. D’ailleurs, l’état actuel de Haïti en est l’illustration la plus parlante. Il faut donc rejeter cet esclavagisme des temps modernes.

En entrevue au quotidien français Le Point, l’opposant politique Clément Dembélé, Professeur à l’Institut Polytechnique du Mali et à l’Université du Luxembourg, abonde dans le sens de notre analyse, en ces termes:

« La Constitution dit que lorsque l’ensemble du territoire n’est pas sécurisé, il ne peut pas y avoir d’élections. Ce n’est pas la France qui va tenir les urnes, et quand bien même, on ne mettra pas de bulletin dans les urnes.

Nous ne sommes pas des enfants de la France. Nous ne sommes pas les enfants de la communauté internationale. Nous faisons partie de la communauté internationale, mais elle doit être regardante pour notre bonheur et nous sommes assez grands pour savoir ce que nous voulons.

Nous avons besoin, aujourd’hui, de réussir les réformes économiques, judiciaires, institutionnels, et surtout territoriales et sécuritaires à partir d’une nouvelle doctrine militaire. Si la communauté internationale veut nous aider qu’elle nous aide à réformer notre armée, à la renforcer, à sécuriser notre territoire au lieu de nous mettre la pression pour la pseudo-démocratie électorale.

La démocratie, ce n’est pas seulement l’élection, c’est aussi la manière dont se déroule le processus électoral. Nous voulons de bonnes élections afin que le pouvoir qui en sortira soit le plus légitime possible et qu’il puisse travailler sérieusement pour le peuple malien.

Pour l’instant, les conditions ne sont pas réunies. Je pense que la priorité doit être donnée aux réformes. Car jusqu’ici aucune des missions que la transition ne s’est assignée, telle la sécurisation du territoire, la refonte du système éducatif, la lutte contre la corruption, les réformes institutionnelles ou économiques n’a été engagée. Il faudrait s’y atteler avant d’aller à l’élection présidentielle.

Nous ne sommes pas d’accord pour organiser des élections dans les mêmes conditions qu’avant avec les mêmes acteurs prêts à tripatouiller les urnes. Pour éviter ce scénario qui nous a conduits à deux coups d’État, nous devons d’abord lutter contre la corruption de l’armée malienne même si cela doit prendre encore des mois.

Nous devons nous arracher de cette idée que nous ne pouvons rien faire sans l’Occident. Ça va être très compliqué pour nous si et seulement si nous ne sommes pas conscients que notre problème, c’est nous-mêmes et la solution, c’est nous-mêmes. La communauté internationale doit respecter la volonté du peuple ».

UNE CONSTITUTION RIGIDE ET BANCALE

Le préambule du texte constitutionnel haïtien est des plus escomptés pour le bien-être d’un peuple.

La constitution haïtienne est un texte impeccable, avant-gardiste d’une société moderne, civilisée et démocratique. L’excitation s’arrête là, puisque le texte constitutionnel de 1987 et aussi porteur d’aberrations qui expliquent en partie l’instabilité politique que connait ce pays en permanence. Le législateur haïtien écrit en préambule :

« Le peuple Haïtien proclame la présente Constitution pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, à la liberté et la poursuite du bonheur; conformément à son Acte d’indépendance de 1804 et à la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948.

Pour constituer une nation haïtienne socialement juste, économiquement libre et politiquement indépendant. Pour Établir un État stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l’indépendance et la vision nationale.

 

Pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l’alternance politique et affirmer les droits inviolables du Peuple Haïtien. Pour fortifier l’unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l’information, à l’éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous citoyens. Pour Instaurer un régime gouvernemental basé sur les libertés fondamentales et le respect des droits humaines, la paix sociale, l’équité économique, la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageants la vie nationale, par une décentralisation effective ».

En 2021, toutes ces belles paroles se noient dans une cacophonie de pressions politiques étrangères liées au respect d’un seul élément de la Constitution :

organisation des élections. L’interdiction au niveau de l’article 111.8 de dissoudre, d’ajourner ou de proroger le mandat des députés et sénateurs ne tient pas compte des vicissitudes de la réalité politique et économique de Haïti.

Le cafouillage de l’article 134.1, (cauchemar du président Moïse), qui prévoit l’élection présidentielle le dernier dimanche d’octobre de la cinquième année du mandat présidentiel et l’entrée en fonction du président le 7 février suivant la date de l’élection, et qui signale qu’au cas où le scrutin ne peut avoir lieu avant le 7 février, le président élu entre en fonction immédiatement après la validation du scrutin et son mandat est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l’élection, est source de confusion.

L’interprétation de l’article 134.1 se perd à son tour dans une cacophonie de confusions et de positions radicales intransigeantes des acteurs politiques haïtiens, poussant à la violence politique qu’on connait.

Le tout est couronné par cet article 134.3, qui limite le mandat présidentiel à 5 ans, ne permettant au président sortant d’assumer un autre mandat qu’après un intervalle de 5 ans. L’article 134.1 est source de confusion et potentiellement de violence politique.

Lorsqu’il omet de préciser que le mandat est censé commencé le 7 février suivant l’année de l’élection du président et non l’année de l’élection présidentielle prévue, il ouvre inévitablement la voie à la crise politique qui remporté le président Moïse. Cette grossière amission donne du fil à retordre à plus d’un.

Nous pensons que cet article doit être réécrit de manière à préciser que la rétroactivité n’entame pas les 5 années du mandat du président nouvellement élu.
Enfin, l’article 284.3 jette tout simplement le pavé de trop dans la mare. Le législateur haïtien écrit : toute Consultation Populaire tendant à modifier la Constitution par voie de Référendum est formellement interdite.

Par des tournures alambiquées, la Constitution haïtienne confère dans les articles 282 à 284 le rôle de l’amendement constitutionnel à l’adhésion des deux (2/3) des deux chambres de l’Assemblée nationale. Dépouillant le président d’un pouvoir que garantit au chef de l’exécutif, la plupart des Constitutions du monde.

Jovenel Moïse a fait les frais d’une constitution manifestement mal ficelée, puisqu’il est élu pour un mandat de 5 ans en novembre 2016. Il prend fonction en février 2017, et la constitution lui dit que son mandat est rétroactif à février 2016. Selon cette interprétation qui est fidèle à la lettre de la Constitution haïtienne, le président Moïse avait donc été élu pour un mandat de 3 ans et non 5 ans.

Ce qui est évidement complétement frivole et aberrant, d’autant qu’elle constitue une des sources permanente d’irritation, du désordre politique et de frustration qui gangrènent la vie dans la perle des Antilles. Avant toute nouvelle élection présidentielle en Haïti, ce texte doit impérativement être dépoussiéré.

La communauté internationale joue sa crédibilité, sa sincérité et son engagement auprès du peuple haïtien sur cette question de profondes réformes constitutionnelles, au risque de cautionner les troubles politiques à venir. Pousser pour des élections, tout en sachant que de nouvelles crises politiques pourraient à nouveau enflammer Haïti, c’est posé un acte incompréhensible qui ne s’explique que par un sentiment antinoir.

HAÏTI UN PEUPLE DE HÉROS POUR LA RACE NOIRE
Les Haïtiens ne se caractérisent pas par une paresse, une incapacité ou une impuissance congénitale.

Les Haïtiens ont vaincu militairement l’armée la plus puissance du monde de son époque, pour proclamer leur indépendance, alors qu’il a fallu aux monarchies européennes de la même époque, cinq coalitions pour vaincre la même armée de Napoléon.

Il est grand temps pour les nations esclavagistes regroupées au sein d’une communauté de suprématie culturelle, d’enlever leurs genoux sur le cou de ce pays, et d’admettre le fait qu’un peuple noir, réduit à l’esclave et à l’inhumanité a triomphé d’un des leurs.

Du même souffle, soulignons qu’il est possible de ne plus sombrer dans cette négrophobie médiatique, qui consiste à accuser les victimes d’être responsables d’une politique d’extermination sciemment entretenue par des bourreaux qui ne démordent pas d’avoir été vaincus.

Il est temps de restituer à Haïti le butin de la dette de son indépendance. Puisque, face à ces actes de terrorisme répété de la communauté internationale contre Haïti, les Haïtiens refusent l’amnésie et s’approprient le discours du président Biden pour dire ceci : « We will not forget, we will not forgive, we will hunt you and make you pay; nous n’oublierons pas, nous ne pardonnerons pas, nous vous traquerons et vous ferons pays ».

Goïkoya Kolié, juriste

La Rédaction