Dans la nuit du 26 au 27 novembre 2025, un cas de trafic d’espèces sauvages a secoué l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry. Les agents de la douane ont intercepté deux individus de nationalité chinoise pris en flagrant délit de détention, de circulation et d’exportation de quatre kilogrammes de concombres de mer (Afrocucumis africana). Cet animal est très apprécié en Chine pour ses prétendues vertus aphrodisiaques. Ces trophées sont issus d’une espèce animale protégée non seulement par le Code de protection sauvage et de la réglementation de la chasse, mais également par la Convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (CITES).
Grâce à la collaboration inter-services, la Brigade nationale de lutte contre la criminalité sur la faune et la flore a été immédiatement saisie. Les deux mis en cause ont été conduits dans les locaux de la Brigade le 27 novembre 2025 pour être entendus sur procès-verbal par un officier de police judiciaire conformément à la procédure pénale.
Dès le lendemain, le 28 novembre, ils ont été déférés devant le parquet du Tribunal de Première Instance (TPI) de Mafanco. Après une analyse rapide du dossier, l’affaire a été orientée en flagrant délit, menant au placement des deux prévenus sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry le même jour.
L’audience s’est ouverte le lundi 1er décembre avec l’inscription de l’affaire au rôle. Les deux présumés auteurs de ce crime environnemental ont été présentés à la barre. À la suite des débats et des réquisitions du parquet du TPI de Mafanco, le tribunal a statué sur leur sort le jour même. Le complice présumé, Zhan GANGLI, de nationalité chinoise, a été libéré par le tribunal pour délit non constitué.
En revanche, l’auteur principal, Zhao FODING, également de nationalité chinoise, a été retenu dans les liens de la culpabilité pour détention, circulation et exportation des dépouilles d’espèces sauvages. Il a été rappelé que cette espèce est protégée en Guinée et inscrite à l’annexe II de la CITES.
Pour la répression, Zhao FODING a été condamné à six mois de prison assortis de sursis et au paiement d’une amende de 40 millions de Francs Guinéens, conformément aux articles 166, 170 et suivants du Code de protection sauvage de la faune et de la réglementation de la chasse en Guinée. Les parties, selon le tribunal, ont 15 jours pour interjeter appel de cette décision en premier ressort.
Avec sa forme tubulaire, son aspect visqueux et ses ventouses ventrale, le concombre de mer, aussi appelé holothurie, n’a rien d’appétissant. Et pourtant c’est un met de choix très populaire sur le marché asiatique, où il est considéré comme un délice culinaire et est utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise. Il est aussi faussement considéré comme un aphrodisiaque, surtout en Chine. L’animal est devenu le nouvel “or du crime organisé” dans certains pays asiatiques comme le Sri Lanka.
Cette demande alimente un marché très lucratif. Depuis les années 1980, le prix de l’animal a été multiplié par quatre. Selon le journal britannique le Guardian le concombre de mer est ainsi devenu une marchandise convoitée par les organisations criminelles au niveau planétaire. La demande en concombres de mer a mené à des violences meurtrières au Mexique, à l’implication des yakuzas au Japon et à du trafic de contrebande entre la Tanzanie et Zanzibar. Au Sri Lanka, la pêche illégale est favorisée par les différences de législation entre l’île et son grand voisin indien. Alors que le Sri Lanka autorise les exportations de concombres de mer, l’Inde applique une interdiction totale du commerce de cet animal.
Les autorités indiennes et sri-lankaises tentent de lutter contre le phénomène. En août 2020, un bateau transportant près d’une tonne de concombres de mer a été intercepté par les garde-côtes au nord-ouest du Sri Lanka. La valeur de la cargaison était estimée à environ 577 000 euros. Sur la côte nord du Sri Lanka, le braconnage a fait chuter le nombre d’individus de 60 %.
La diminution de l’espèce représente aussi un danger pour les écosystèmes marins. Les concombres de mer jouent un rôle vital dans les écosystèmes marins. Ces étranges créatures se nourrissent en majorité de détritus tels que des débris d’animaux ou de végétaux. Ils filtrent une grande quantité de sédiments et rejettent des éléments chimiques dont se nourrissent d’autres espèces marines comme les coraux.
Cette nouvelle saisie à l’aéroport de Conakry vient malheureusement confirmer la hausse du trafic de concombre de mer en Guinée lié à une forte implication des réseaux asiatiques.
Affaire à suivre……
Cellule de communication de la Brigade





