Face à l’urgence climatique et au défi de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest, la recherche agronomique passe à l’offensive. L’Institut Supérieur Agronomique et Vétérinaire Valéry Giscard d’Estaing de Faranah (ISAV-VGE/F) a donné le coup d’envoi, ce jeudi 18 juin 2026, de la première édition de ses Journées Scientifiques.

 Pendant trois jours, cette ville universitaire du centre-est de la Guinée s’impose comme l’épicentre de la réflexion scientifique continentale. L’événement rassemble un large panel de décideurs politiques, d’experts et de chercheurs venus notamment du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Niger et du Sénégal, tous mobilisés autour d’un impératif : « Agriculture durable face aux défis de la sécurité alimentaire dans le contexte du changement climatique ».

Pour l’ISAV-VGE/F, ce rendez-vous marque un tournant stratégique majeur. Longtemps cantonné à sa seule mission d’enseignement, l’institut affiche désormais sa volonté de devenir un hub scientifique incontournable dans la sous-région.

Dans son allocution d’ouverture, la Professeure Mabetty Touré, Directrice Générale de l’établissement, a martelé que ces journées traduisent une ambition collective : transformer l’ISAV-VGE/F en un pôle d’excellence, de production de connaissances et d’innovation au service du développement durable de la Guinée et du continent.

Cette dynamique de modernisation s’aligne directement sur les priorités de la Vision Simandou 2040, le plan national qui place le capital humain et l’innovation au centre de la trajectoire économique guinéenne. Le Professeur Fodé Keïta, Directeur Général Adjoint chargé de la Recherche et cheville ouvrière du comité d’organisation, a d’ailleurs rappelé que la poussée démographique et la pression environnementale imposent de rompre avec les vieux schémas pour concevoir des solutions locales, concrètes et adaptées.

Présent pour porter la voix des autorités régionales, le Chef de Cabinet du Gouvernorat de Faranah a livré un plaidoyer vibrant pour le monde paysan, rappelant que la terre fait vivre 70% de la population locale.

Saisons imprévisibles, sécheresses à répétition et appauvrissement accéléré des sols : le constat est sans appel. Les décideurs politiques attendent désormais des scientifiques qu’ils dépassent le stade des simples théories pour proposer des outils directement exploitables par les producteurs. Semences résilientes, techniques d’agroforesterie, technologies de gestion de l’eau et biofertilisants de substitution sont attendus pour transformer durablement les conditions de vie en milieu rural.

Loin des grands discours abstraits, la première journée de conclave a mis en lumière des projets de recherche à fort potentiel d’application, articulés autour de quatre axes majeurs : l’agriculture durable, la sécurité alimentaire, les changements climatiques et les dynamiques de vulgarisation agricole.

Les délégations ont ainsi pu découvrir les travaux d’Adama Sirima sur l’impact du paillage et de la technique traditionnelle du Zaï pour retenir l’eau dans les sols arides de Faranah, ou encore l’étude d’Amadou Diallo sur la traçabilité de la bactérie *Xanthomonas oryzae* dans les semences de riz, une céréale hautement stratégique pour la région.

Le secteur de l’élevage et de la transition écologique n’est pas resté en marge. Les participants ont manifesté un vif intérêt pour les recherches de Christophe Chrysostome sur l’introduction de larves de mouches *Hermetia illucens* dans l’alimentation des volailles locales—une alternative économique et protéinée majeure pour l’aviculture—ainsi que le projet d’Adigla Appolinaire Wedjangnon visant à utiliser des biofertilisants à base d’extraits de fruits pour s’affranchir des engrais chimiques conventionnels.

En associant la recherche fondamentale aux réalités du monde rural, l’ISAV-VGE de Faranah jette les bases d’un pacte durable entre les laboratoires africains et les producteurs locaux. Les conclusions de ce forum scientifique, attendues ce week-end, devraient tracer la feuille de route d’une transition agricole devenue vitale pour l’Afrique de l’Ouest.

Source: www.leverificateur.net, site partenaire