Il y a des silences qui parlent plus fort que n’importe quel tambour. Celui qui plane aujourd’hui sur la vie d’Awa Sirani Doumbia en est un. Les 26 et 27 septembre devaient être les dates de son mariage ; les robes étaient prêtes, les invitations envoyées, les familles alertées. Il aura suffi d’un passage à la télévision pour que tout s’effondre.
Awa Sirani Doumbia n’est pas une inconnue à Bamako. Entrepreneure, féministe assumée, elle a construit sa voix publique sur un engagement sans détour pour les droits des femmes. Ce jour-là, face caméra, elle a dit ce qu’elle pense vraiment du mariage tel qu’on le pratique encore dans bien des familles maliennes : non à la polygamie, oui au droit des femmes de divorcer quand leur vie devient invivable, et une idée qui a fait grincer bien des dents que le travail domestique imposé aux belles-filles, la lessive des beaux-parents comprise, devrait être reconnu et rémunéré comme n’importe quel autre travail.
Elle savait sans doute que ces mots dérangeraient. Elle n’imaginait peut-être pas à quel point.
La réaction n’a pas tardé. Sur les réseaux sociaux et dans les grins de la capitale, son nom est devenu un sujet de discussion, puis de dispute. Certains ont salué son courage, y voyant enfin une parole publique sur une réalité que beaucoup de femmes vivent en silence. D’autres y ont vu une transgression, un rejet de ce qu’ils considèrent comme les fondements du mariage et de la famille élargie. La pression est montée, et avec elle, une décision qu’Awa n’a pas prise seule : son fiancé et sa belle-famille ont annulé le mariage.
Ce qui frappe, dans les jours qui ont suivi, ce n’est pas seulement la rupture. C’est la manière dont elle y a fait face. Pas de rétractation, pas de mots pour atténuer ce qu’elle avait dit. Awa Sirani Doumbia a confirmé l’annulation publiquement, et a redit, avec une dignité que beaucoup ont relevée, qu’elle assumait chacune de ses paroles. Elle a perdu un mariage. Elle n’a pas renoncé à son combat.
Il serait facile de réduire cette histoire à un drame personnel, celui d’une femme qui a tout perdu la veille de son grand jour. Mais ce qui s’est joué à Bamako dépasse le cas d’une seule personne. C’est le signe d’une tension plus large, celle qui oppose une génération de femmes africaines instruites, qui refusent de taire ce qu’elles pensent du mariage et de la place qu’on leur assigne, à un ordre social qui n’est pas encore prêt à les entendre. Awa Sirani Doumbia en a payé le prix. Elle ne sera sans doute pas la dernière à le poser sur la table.
La Rédaction




