Après plusieurs années loin des scènes artistiques guinéennes, la chanteuse Tiranké Sidimé, surnommée « la Reine du micro » ou « Tira Love », s’apprête à faire son grand retour au pays. L’artiste, forte de 25 ans de carrière, prépare un nouvel album intitulé N’télé, qui signifie « Mon soleil » en français, et annonce un concert le 26 décembre au Chapiteau de Conakry, suivi d’une tournée à l’intérieur du pays.
Une absence qui n’en est pas vraiment une
Installée en France depuis plus de huit ans, où sa fille est scolarisée, Tiranké Sidimé explique que son éloignement des scènes guinéennes ne signifie pas un retrait de la musique. Elle continue de se produire en Europe et aux États-Unis, et souligne qu’environ 60 % de ses titres sont aujourd’hui consommés via les réseaux sociaux, où ses chansons continuent d’être dansées et partagées. C’est ce lien maintenu avec son public, dit-elle, qui l’a poussée à préparer ce retour.
Le titre de l’album, N’télé, porte un message clair : après un quart de siècle de carrière, son « soleil » n’a jamais cessé de briller. Elle y voit aussi une responsabilité, celle de transmettre son expérience et d’offrir une musique de qualité à la nouvelle génération.
Une méthode de travail transmise par les aînés
Pour composer, la chanteuse s’entoure de figures expérimentées : sa mère, grande griotte, sa tante Oumou Diabaté, ainsi qu’Amadou Sodia et Sékouba Bambino, qui relisent et corrigent ses créations. Elle cite l’exemple de « Bébari Baya », sorti en 2018 mais devenu viral en 2025 après avoir été repris par une Guinéenne vivant au Canada, ce qui a relancé le morceau et conduit à la réalisation tardive de son clip — la preuve, selon elle, qu’un travail bien fait finit toujours par porter ses fruits.
Un regard bienveillant sur la nouvelle génération
Interrogée sur les critiques adressées à certains jeunes artistes accusés de dénaturer la musique guinéenne, Tiranké Sidimé se refuse à juger. Elle reconnaît que la musique est devenue un métier lucratif, mais appelle à la responsabilité : soigner les textes, éviter les insultes et les propos choquants, et privilégier des messages de paix et d’amour, à l’image de sa chanson « Makalé », appréciée pour son rythme malgré la barrière de la langue soussou.
Sur l’essor des réseaux sociaux, elle constate le déclin du CD au profit des singles et des challenges, mais met en garde contre la tentation de devenir un « artiste de buzz » plutôt qu’un artiste de travail et de carrière durable.
Un album placé sous le signe des surprises
Concernant le contenu de N’télé, l’artiste promet plusieurs collaborations, dont un featuring avec Sambaly Diabaté, tout en restant sélective sur ce type de partenariats — rappelant celui réalisé avec son frère Mamady Sidimé sur « Bilancofait ». D’autres titres et clips sont en préparation, dont une chanson qui lui tient particulièrement à cœur, consacrée au comportement humain.
Un appel à la prévoyance pour les artistes
En conclusion, Tiranké Sidimé appelle le public et le gouvernement à continuer de soutenir les artistes guinéens. Elle invite également ses pairs à mieux gérer leurs revenus et à investir dans d’autres activités — commerce, agriculture ou autres — pour préparer l’après-carrière. Ancienne coiffeuse, elle continue elle-même cette activité en parallèle de la musique, convaincue que le succès est par nature temporaire et qu’il faut, selon ses mots, « préparer demain ».





