Images d'archives, tirée sur le Net
Chaque année en Guinée, la correction des copies du baccalauréat se déroule à Conakry, plus précisément au lycée _ collège 1er Mars, où sont regroupés les enseignants désignés comme correcteurs.
Venus de toutes les préfectures du pays, ces professionnels de l’éducation consacrent deux semaines, voire davantage, à cette mission essentielle pour l’avenir de milliers de candidats. Plus de 70 % d’entre eux viennent de l’intérieur du pays.
Pourtant, malgré l’importance de leur rôle, les conditions dans lesquelles ils accomplissent cette mission sont loin d’être à la hauteur des attentes d’un État soucieux de la qualité de son système éducatif.
À leur arrivée à Conakry, les correcteurs doivent se débrouiller seuls pour trouver un logement. Beaucoup sont hébergés par des proches ou des amis, souvent déjà confrontés à des difficultés de logement. Certains dorment dans un salon, sur un canapé, ou partagent une chambre avec les enfants de leurs hôtes. D’autres voient leurs tuteurs leur céder leur propre chambre, au prix de nombreux désagréments. Quant à ceux qui ne disposent d’aucun point de chute, ils passent leurs nuits dans les salles de classe des centres de correction, dormant sur des nattes ou de simples draps.
À ces difficultés d’hébergement s’ajoute le problème du transport. Plusieurs correcteurs résident à plus de 20 kilomètres de leur centre de correction et doivent effectuer chaque jour, y compris le dimanche, de longs trajets à leurs propres frais. Pour certains, le transport urbain représente près de 40 000 francs guinéens par jour.
Il est important de rappeler que les frais de transport pris en charge par l’État concernent uniquement le trajet entre le lieu de service du correcteur et Conakry. Ainsi, un enseignant venant de Kankan est remboursé pour le trajet Kankan-Conakry aller-retour, mais tous ses déplacements à l’intérieur de la capitale restent entièrement à sa charge.
Pendant ce temps, les superviseurs et délégués des examens bénéficient de meilleures conditions de travail : hébergement à l’hôtel, restauration, moyens de transport et autres facilités logistiques.
Les correcteurs, eux, ne perçoivent qu’une prime de collation de 600 000 francs guinéens, le remboursement du transport interurbain et une prime de correction de 2 millions de francs, après plus de deux semaines de travail intense. Cette rémunération apparaît insuffisante au regard de l’ampleur de la tâche et des sacrifices consentis.
Comment peut-on attendre d’un enseignant, privé d’un logement convenable, soumis à un stress permanent et à de longs déplacements quotidiens, qu’il effectue sereinement un travail aussi délicat que la correction des copies d’un examen national ? La qualité de l’évaluation dépend aussi des conditions dans lesquelles travaillent les correcteurs.
Si la Guinée ambitionne d’améliorer durablement son système éducatif, elle doit accorder davantage de considération à ceux qui en sont les principaux artisans. L’État doit faire preuve d’une réelle volonté politique en améliorant les conditions de travail des correcteurs du baccalauréat.
Il devient indispensable de revoir à la hausse les différentes primes, d’instaurer une prime d’hébergement lorsque le logement ne peut être assuré, de créer une prime de transport urbain et de revaloriser la prime de collation, manifestement insuffisante pour couvrir plus de deux semaines de restauration.
Au-delà des primes, il est également nécessaire de mettre à la disposition des correcteurs des moyens de transport collectifs, notamment des bus, afin de faciliter leurs déplacements quotidiens entre leurs lieux d’hébergement et les centres de correction.
Les correcteurs du baccalauréat accomplissent une mission d’intérêt national. Ils méritent d’exercer cette responsabilité dans des conditions dignes, respectueuses de leur engagement et compatibles avec les exigences de qualité que requiert l’évaluation des futurs diplômés.
Il est inconcevable que ceux qui garantissent la crédibilité de nos examens nationaux soient contraints de travailler dans des conditions aussi précaires. Investir dans de meilleures conditions de travail pour les correcteurs, c’est investir dans la crédibilité des examens, dans la qualité de l’éducation et dans l’avenir de la Guinée.
Bobo Vieri Camara