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Alliance des États du Sahel : Quand l’histoire s’accélère en Afrique de l’Ouest (Par Goikoya Kolié )

Le 16 septembre 2023, les prédateurs coloniaux qui jusque-là profitaient insolemment des immenses ressources naturelles du Burkina Faso, du Mali et du Niger assistent – médusés, stupéfaits et impuissants – à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES). Depuis cette date, l’histoire léthargique de la région s’accélère à mesure que les autorités de la nouvelle entité géopolitique enfoncent les clous du pilori des instruments du néocolonialisme. Le Niger – autrefois moqué notamment par des propos viscéralement irrévérencieux, racistes, suprémacistes et paternalistes du président français Emmanuel Macron – révèle à l’Afrique un géni doublé d’un patriote panafricaniste, pour ne pas nommer le général Abdourahamane Tiani.

Le Niger prend sa revanche sur la défécation langagière du 8 juillet 2018, alors que le gourou sectaire de l’Élysée avait profité du sommet du G20 à Hambourg pour proférer ses insanités et sa haine de la femme africaine. Les déblatérations pontifiantes faussement rationnelles et pleines de haine du Niger et par extension de l’Afrique, bredouillées par M. Macron s’articulaient comme suit: « Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». L’arrivée au pouvoir du président Tiani a facilité une inversion des accusations démontrant que dans les faits, c’est plutôt la France et ses alliés qui vivaient, qui vivent, se développent et prospèrent au dépend de l’Afrique via un terrorisme économique, monétaire, fiscal sournois, tendancieux et violent.

C’est plutôt la France qui vivait au dépend de l’Afrique

Il a fallu le 26 juillet 2023 pour que Mohamed Bazoum soupçonné d’être un agent étranger, soit renversé et que son successeur, le général Tiani, un homme intègre et intelligent, à la mémoire d’éléphant, lève le voile sur les spoliations françaises du Niger au cours des 107 dernières années, à travers notamment la colonisation et la néocolonisation dissimulées dans des « accords » de coopérations économique et militaire. « La France doit payer cash les dettes de 65 ans de pillage systématique des ressources naturelles du Niger (…) Le temps est venu de réclamer ce qui est dû de droit »; confie le président nigérien à la presse de son pays.

L’histoire s’accélère lorsque les gouvernements malien et nigérien dénoncent dans un communiqué conjoint du 5 décembre 2023, l’un des subterfuges français de l’escroquerie fiscale communément appelé « accords » de non-double imposition. Les deux pays qui emboitent le pas au Burkina Faso, dénoncent le caractère déséquilibré d’une convention qui entraine de toute évidence un manque à gagner considérable de leurs trésors publics respectifs. Le Mali et le Niger font état d’accord préjudiciables aux intérêts économiques de leurs deux pays, en ce sens que ces contrats d’adhésion, rédigés unilatéralement par la partie française constituent concrètement des instruments d’évitement fiscaux en faveur des particuliers et sociétés originaires de la France. Les Africains soulignent le fait qu’en apparence et unique en apparence, les dispositions des conventions dénoncées permettraient aux ressortissants et entreprises des pays membres d’éviter de payer les impôts à deux reprises, soit dans leur pays d’origine et dans leur pays de résidence, alors que la réalité est tout autre. L’universitaire Nigérien Amadou Ousmane abonde dans le sens d’un piège sciemment supputé pour générer un système dévastateur de la prédation française lui permettant de continuer à s’enrichir illicitement de la misère des Africains. Poursuivant, déclare Ousmane:

«  Dès le début, il s’agissait d’un jeu de dupes, en ce sens que la France avait proposé elle-même la situation de double imposition. Par la suite, elle décide unilatéralement de ne pas imposer les sociétés maliennes et nigériennes exerçant en France. Mieux, elle demande le même traitement pour ses sociétés exerçant dans ces pays à travers la signature de cet accord de non double imposition. Bien qu’en apparence équitable, il est en réalité défavorable aux pays africains signataires en entrainant un important manque à gagner fiscal pour eux. Dans une première approximation cette convention peut paraître égalitaire, mais il n’en est rien car le manque à gagner fiscal est essentiellement pour les pays africains qui ont signé ces conventions fiscales. Dans la réalité des choses, combien d’entreprises nigériennes, maliennes exercent en France ? Et pour quel chiffre d’affaires ? A l’inverse, les entreprises françaises sont omniprésentes dans presque tous les secteurs économiques de nos pays à savoir les télécommunications, le secteur bancaire, le secteur minier, les activités portuaires et les infrastructures, les grands travaux, la distribution d’eau dans les centres urbains, l’importation et la distribution des carburants, le transport aérien, la grande distribution, etc. Le manque à gagner fiscal se situe essentiellement du côté des pays africains qui ont signé ces conventions fiscales. En résumé, les entreprises et les citoyens français payaient des impôts à la France sur les revenus qu’ils gagnaient au Mali et au Niger et étaient exemptés de nombreux éléments fiscaux dans ces deux pays. Cette loi permettait aux multinationales françaises d’avoir des avantages comparatifs. Ceci avait aussi pour conséquence la fin des échanges d’informations et de collaboration des administrations pour le recouvrement des recettes fiscales (impôts). Il n’y a pas de doute que le Mali et le Niger reconnaissent avoir subi des pertes fiscales importantes et anticipent qu’il y en aura davantage s’ils maintiennent ces conventions en l’état. Dans une première approximation, cette dénonciation est un acte plein de courage et marque la volonté de faire rentrer ces pays dans leur droit en matière de coopération économique d’un côté avec la France et de l’autre avec tout autre pays qui souhaite échanger avec eux ».

Panique dans le système françafricain : la Cédéao aux abois

Le coup de grâce est venu d’un communiqué tripartite de l’Alliance des États du Sahel (AES), publié du 28 janvier 2024, qui annonce avec effet immédiat, le retrait simultané de la Cédéao du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Dénonçant du même coup une Cédéao sous l’influence de puissances étrangères, trahissant ses principes fondateurs, devenue une menace pour ses États membres et ses populations dont elle est sencée assurer le bonheur. L’AES dénonce l’inefficacité de la Cédéao qui a failli à lui apporter une assistance dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité, mais en excellant plutôt dans l’imposition de sanctions illégales, illégitimes et inhumaines.

Vraisemblablement prise au dépourvu, manifestement aux abois, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest qui n’a jamais respecté ses propres textes au moment d’imposer des sanctions à des militaires non désirés par la France, décide de leur opposer l’article 91 du Traité de la Cédéao, en vertu duquel, le retrait prendrait effet une année après sa notification à l’instance sous-régionale. Elle ira jusqu’au toupet démesurer de les rappeler qu’au cours de cette période, ces États doivent continuer de se conformer aux dispositions du Traité et s’acquitter des obligations qui les incomberaient.

Avec pétulance, le Mali se déclare ne pas être lié aux contraintes de délai de la Cédéao, tout en réitérant le caractère irréversible de sa décision, s’appuyant notamment sur des sanctions prises par la Cédéao à son égard en janvier 2022. L’administration du colonel Assimi Goïta soutient avec raison que les sanctions susmentionnées étaient contraires aux dispositions qu’on leur demande de respecter.

Au soutien de l’argumentaire de l’Alliance des États du Sahel de ne pas se sentir liée par les dispositions de retrait du Traité de la Cédéao, l’interprétation de la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités. L’AES évoque des circonstances qui ont profondément changées pour justifier son retrait sans délai et sans se sentir liée à des textes que la Cédéao elle-même n’a pas respecté lorsqu’elle leur a imposé des sanctions sans le moindre discernement, sous les menaces diplomatiques du président Macron et sa gang de prédateurs, soucieux eux de préserver le butin de leur  néocolonialisme.

Le général Tiani a clairement évoqué la possible création d’une monnaie de l’AES, venant ainsi troubler davantage le sommeil de la meute de prédateurs qui profitent de l’Afrique et qui jusqu’ici n’a pas hésité à abattre physiquement ou économiquement tout dirigeant Africain ayant songé à cette éventualité. Les président Sékou Touré, Sylvanus Olympio, Modibo Keita, Thomas Sankara, Laurent Gbagbo, Mouammar Kadhafi ont tous gouté à la colère de nos bourreaux pour maintenir le statu quo. Il faut dire que les temps ont changé, les populations africaines aspirant de plus en plus au panafricanisme se tiennent aux côtés de leaders. Pour les colons, il devient de plus en plus difficile d’éliminer des dirigeants insubordonnés mais patriotes et ce malgré les menaces vivement exprimées à cet égard, tel les propos sans équivoques de l’ancien agent secret français Vincent Crouzet qui annonce sur les médias d’État français la reprise des opérations clandestines de déstabilisation. Qu’importe les jérémiades du régime Macron, les autorités de l’AES affichent leur volonté de s’affranchir du nazisme économique français. C’est ce qu’a laissé entendre le général Tiani le 11 février dernier :

« La monnaie est une étape de sortie de cette colonisation (…) La monnaie, c’est un signe de souveraineté et les États de l’AES sont engagés dans un processus de recouvrement de leur souveraineté totale (…) Il n’est plus question que nos Etats soient la vache à lait de la France ».  

L’opportunité de Mamady Doumbouya : l’AES pour sauver la transition guinéenne

Pour donner une nouvelle orientation et un nouveau souffle à sa transition, le président guinéen devrait regarder du côté de ses pairs des transitions militaires de la sous région en saisissant l’opportunité qu’offre l’Alliance des États du Sahel pour non seulement étrangler à jamais les bisbilles mortifères ethniques par rapport à l’accession au pouvoir et aussi et surtout rentrer dans l’histoire par la grande porte en devenant un des acteurs clés de la création d’un État fédéral, déjà en gestation. Tous les arguments d’un développement rapide plaident en faveur d’un État fédéral. Avec l’adhésion de la Guinée à l’AES, notre nouveau pays qui s’étendra de l’Océan Atlantique aux limites du Tchad sera un immense espace économique de 100 millions d’habitants, ayant accès à la mer.

Pour sa cacophonie, le gouvernement de Bernard Goumou a été dissout, cependant, c’est toute l’administration Doumbouya qui semble dissonante si tant est que le général est en quête du financement nécessaire à l’organisation d’une élection présidentielle, suggèrent les rumeurs. À notre avis, la démocratie électorale est une arme de destruction massive de nos économies. À travers cette arme, une opposition néocoloniale cooptée des intérêts étrangers hostiles au bien-être des Africains se retrouve à la tête de nos États. Celle-ci est contrainte de servir lesdits intérêts. Aussi élémentaire que cela puis paraitre, cette indéniable réalité a vu des agents du néocolonialisme se succéder à la tête des États africains dans l’ardeur effrénée de satisfaire aux désidératas de leurs mandants. Mamady Doumbouya doit donc conjurer le sort en s’alliant à une entité politique prometteuse qui s’est engagée sur la voix d’une indépendance pleine et entière. La perspective d’un marché de 100 millions d’habitants est un argument économique extrêmement séduisant dans un monde où les économies pétulantes, en plein essor, sont justement celles qui affichent un dynamisme démographique qu’on ne peut plus ignorer. C’est en raison de sa démographie que le Nigéria est la première puissance économique d’Afrique. C’est le même argument qui explique la puissance économique de la Chine, de l’Inde, des États-Unis ou de l’Allemagne. C’est également le même argument qui intercède et promet un développement rapide du pays que formera l’Alliance des États du Sahel.

Goikoya Kolié (juriste et analyste politique)

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